Épisode 3
IL PENSAIT À MOI
frise1  frise1  frise1  frise1  frise1  frise1  frise1  frise1  frise1  frise1 
temps des cerises

Micheline, l’amie de toute la vie d'Arman raconte :


« Ça a débuté dans un jardin. Nos mères étaient très amies. Nos mères parlaient de fenêtres à fenêtres de cuisine. 
Pachatte (la mère d’Arman) venait souvent parler à ma mère.
J’avais trois ans, nous nous sommes connus dans le jardin, rue du Maréchal Joffre. Arman avait cinq ans et déjà un sacré caractère !
Du début jusqu’à la fin, jamais la différence d’âge n’a fait question. On s’entendait bien… 
On s’aimait bien… Nous étions très complices.
Il a voulu venir dans la même école que moi en disant : « -Moi, je reste avec les filles. »
	
Pachatte aimait bien ma mère et m’aimait, moi. 
J’avais 17 ans, elle est venue avec un grand bouquet de roses rouges pour me demander en mariage.
J’ai dit non, il a continué de m’aimer, simple comme à l’époque. 
Il était le petit ami d’une ouvrière qui travaillait la couture pour ma mère : Marianne.
Un jour, surpris par le retour de ma mère, il a sauté par le balcon et s’est cassé une jambe !
Roméo du 39 bis du Maréchal Joffre !
Et puis il faisait la cour à Monique… Et on s’est engueulé à cause de ma robe qu’il n’aimait pas (peut être un peu de jalousie ?…)
	
Il peignait des palmiers, des vues de Nice… Moi, j’essayais de vendre avec lui pour essayer de se faire un peu d’argent.
	
Nos mères étaient très amies. Tout ce qu’Arman disait était parole d’évangile pour sa mère.
Elle n’était pas toujours d’accord avec Antoine (le père d’Arman). 
La sœur de son père n’était pas facile. Pachatte n’était pas très heureuse.
Arman était exclusif, il faisait avec sa mère un petit couple exclusif.
Elle était complice de tout. De tout ce qu’il a fait : faire sauter le PCF, nourrir les araignées…
	
anniv70

Il avait un coeur d’or… 
Très gentil…
Je peux plus parler… 
J’ai les larmes aux yeux… 
Quand même, l’enfance qu’on a eu. »
	
	
1 Entretien Micheline Renault / Marion Moreau du 7 mai 2019
1/4
							
er« Je l'ai souvent citée, j'ai toujours bonheur à le faire : je dois tout ce que j'ai pu faire à madame Roger. 
Madame Roger était un professeur de piano, sa fille était chanteuse lyrique, elle habitait très près de chez mes parents. 
Dans le même immeuble, madame Lelièvre était une amitié professionnelle de ma mère, dont la fille n'avait pas tout à fait mon âge. Nous étions dans la même école.
Donc il y avait là un contact. Nicole, cette jeune collègue jouait du piano. Madame Lelièvre, la mère de cette jeune amie, avait tout de suite remarqué mon immense intérêt.
Elle avait décidée Mamichette (la mère d'Éliane) à ce que l'on me présente à madame Roger. 
Et madame Roger cela a été, ce serait mon premier grand amour quelque part, parce que je suis entrée dans cet univers avec passion.
Ma maladresse a été, je crois, de trop parler de madame Roger à la maison.
Mamichette était assez exclusive. J'allais non seulement prendre les cours chez madame Roger, parce qu'il n'y avait pas de piano à la maison, elle avait organisé les choses de façon à ce que je puisse aller répéter, 
travailler seule. 
En un clin d'oeil je suis passée du piano droit sur lequel elle donnait ses cours, au grand piano qui était dans la même pièce dans un grand salon.
Et puis tout m'intéressait, et beaucoup aussi la construction musicale. 
Danhauser c'était mon livre de chevet, tout, tout, m'intéressait. 
Un jour, Mamichette, qui a vraiment pris ombrage de cette relation m'a dit : « mais tu sais, cela coûte très cher tes leçons de piano, je ne peux plus t'en donner » et on est allé toutes les deux voir madame Roger. 
Mamichette me tenant par la main a déclaré à madame Roger : « Éliane ne veut plus prendre de leçons de piano, hein Éliane ? » 
Il n'y avait qu'une seule réponse, c'était « oui, maman. » 
Mais cela n'a échappé à personne, et madame Lelièvre et madame Roger l'une était au premier étage, et l'autre au quatrième, se sont mises d'accord : madame Lelièvre demandait à ce que j'aille jouer avec Nicole. 
Quand j'arrivais elle me disait : « madame Roger t'attend au quatrième... » Pendant je ne sais pas combien d'années. 
Elle n'a jamais été payée bien entendu. Cette dame m'a vraiment mise sur les rails de tout ce qui concerne l'essentiel de la musique, l'histoire de la musique, les constructions musicales.
Enfin tout ce qui est important : l'analyse musicale, le solfège etc… 
Quand j'allais au lycée, je savais solfier déjà, et comme j'avais un joli petit timbre de soprano, j'avais été sélectionnée pour la chorale des lycées de Paris qui donnait chaque année un concert à la Sorbonne. 
Le chant choral, cela m'a intéressée aussi, donc j'ai continué, aussi quand je suis allée à Nice.
Le premier contact que j'ai pris, c'était avec une chorale professionnelle, la chorale Delpierre ! »
					
	
2 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 7 mai 2019
2/4
anniv70 anniv70 anniv70 anniv70 anniv70 anniv70 

er « Racines familiales dans la Sarthe et dans l’Orne. Cultivateurs, éleveurs, minotiers.
Père et mère, première génération « montée à Paris » où je suis née.
Merveilleux souvenirs d’enfance d’oncles, tantes, cousins, cousines chez lesquels je passais toutes les vacances scolaires, dans cette belle campagne, entourée de l’affection de toute cette nombreuse famille.

Du reste je voulais devenir paysanne !!!
Grisaille Parisienne, mère dominatrice, père plus ou moins soumis. Hélas fille unique !

Père : maison familiale à Mamers édile de naissance. Choix de mon père de « monter » à Paris. Aucune envie de reprendre le fermage qui lui revenait par le droit d’aînesse.
Revenu chercher épouse au pays.

Mère : ferme voisine plus modeste même si propriété familiale.
Réputation d’un sacré costaud, mon grand-père. Il laisse la direction de la ferme à son épouse pour partir à la Guerre 14-18. Gazé puis mort peu de temps après son retour, les poumons fichus.
Son épouse, ma grand-mère a tenu la ferme pendant la guerre. Victime d’un accident, bras gauche écrasé sous une machine.

Il y avait neuf ans de différence d’âge entre mes parents. Ma mère avait tout juste 16 ans, ravie d’aller vivre à Paris grâce à ce mariage.
Elle avait 25 ans quand je suis née. »

4 eMail du 22 octobre 2020

mémoiresmémoires « Mon père était issu d’une famille qui avait une immense fortune édifiée en Algérie.
L’argent provenait de la minoterie et d’une entreprise de textile. Mon grand-père et ses enfants ont quitté l’Afrique du Nord en 1924. Ils menaient grand train dans les palaces de Vichy et de Monte-Carlo. Mon grand-père jouait à la roulette et spéculait en bourse.
Comme tous les joueurs, il a été ruiné. La grande crise de 1930 a nettoyé son capital et emporté ses illusions.

Après le krach boursier, c’est mon père qui a nourri la famille, y compris ses sœurs. Il ne savait rien faire, mais il aimait travailler.
Il a donc fait du commerce. J’ai été élevé dans une école de filles. De cinq à douze ans, j’étais le seul garçon parmi cent cinquante filles.

Cela s’est fait par un concours de circonstances.
La meilleure amie de ma mère avait une fille qui s’appelait Micheline. On était inséparables et je lui vouais une adoration totale. »

3 Arman. Mémoires accumulés (p. 6). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
3/4


bonPoids Arman trouve toujours comment raconter ce qui concerne son histoire. Il parle facilement s'il sent le véritable interêt de qui l’écoute.
Éliane est toujours réticente à parler de ses racines familiales, comme du bain qui l’a vu grandir. Elle se braque à nommer les difficultés de son contexte familial.

Parler avec lui, c’est toujours rencontrer le facile de l’échange. 
Parler avec elle, c’est chaque fois se frotter à de la réticence concernant l’histoire de ses origines.
Du côté de l'une, il y a ce fil de tension toujours prêt à émerger. 
De l’autre, une certaine liesse à se dire de se savoir écouté. 
Pourtant, à l’expérience de cet exercice à les susciter de se livrer, pour - nous - livrer quelque chose, il convient de rester attentif et ne pas s’y fier !
L’un comme l’autre ont bien organisé de laisser dans les coins les écorchures de quelques détresses d’origine. 

Ils sont au regard de cet état de fait bien semblables. 

Ces écorchures restées vives savent faire repli dans une langue du silence qu’ils ont largement cultivée et partagée.
Il ne faut pas s’y tromper : je les ai vu et entendu, jusqu’au bout dans leurs échanges, prendre tous les risques de leurs désaccords.
Et chaque fois respecter, dans l’assaut relationnel, de ne pas mettre l’autre en danger dans d’implicites limites. 

Pourtant, le moins que l’on puisse dire, les deux ne manquent pas de caractère !!!

N.B. :Guide d'utilisation de ces pages : mettre le curseur de la souris sur le petit '1' rouge fleche
1 Pour circuler entre les pages de chaque épisode, swap de droite à gauche.
Chaque fois que le curseur de la souris passe sur un élément et qu'un cadre rouge apparait, un clic envoie vers la référence de cet élément.
La flèche rouge vers la gauche en bas de la première page de l'épisode renvoient à l'épisode précédent.
La flèche rouge vers la droite en bas de la dernière page de l'épisode envoient à l'épisode suivant. (Au cas ou celui-ci est déjà publié).
Le curseur de la souris sur le petit numéro en exposant renvoie sur la référence de la citation, et ce par épisode.
previous
next
4/4